Étiquette : Secret de beauté

Secrets de beauté #3 : La Pommade de Concombre

Oui, je sais, j’ai laissé un moment s’écouler sans prendre ma plume… Oh, je ne vous ai pas oublié(e)s, non ! Si j’ai délaissé ma plume le temps d’un instant, ce n’est que pour revenir à mes amours premières : la beauté et son histoire. Je me suis en effet consacrée, dans le plus grand secret, à l’élaboration d’une seconde gamme de soins qui j’espère ravira vos narines délicates autant que votre peau. Désireuse comme toujours de respecter au mieux les secrets de beauté d’antan, j’ai pour ce faire eu le privilège travailler main dans la main avec le Potager du Roi à la réintroduction d’une variété de concombre disparue depuis des siècles ! Car c’est bien sur cette cucurbitacée à qui l’on prête de nombreuses vertus en cosmétique que j’ai jeté mon dévolu. L’occasion rêvée pour revenir sur son histoire en cosmétique… Et vous dévoiler 4 versions de la renommée pommade de concombre en 4 recettes :

Le concombre en cosmétique, d’Hippocrate aux Lumières.

Si aujourd’hui, l’usage du concombre en cosmétique nous semble une évidence, c’est une coutume qui remonte à la nuit des temps ! La médecine hippocratique des contraires lui prêtait déjà en effet des vertus pour tempérer, calmer et rafraîchir la sécheresse et l’ardeur des humeurs, tout comme la courge, le melon et la citrouille. Ce sont d’ailleurs ces vertus qui leur valurent le nom des « quatre semences froides ».

Pendant un temps, il a ensuite semblé tomber en désuétude : ce n’est qu’au XVIe siècle qu’il fut remis au goût du jour en cosmétique ! Ainsi, le médecin Jean Liébault recommande pour contrer le hâle laissé par le soleil la confection puis l’application d’un onguent à base de concombre.

Concombre blanc de Bonneuil
Planche botanique d’une variété de concombre du XVIIIème siècle : le concombre blanc de Bonneuil

Dès le siècle suivant, le concombre redevient un actif phare des préparations cosmétiques destinées à rafraîchir et adoucir la peau, sinon à la blanchir. C’est ainsi que distillé, il intègre maintes formules d’eaux cosmétiques. Et, surtout, il s’impose comme ingrédient principal dans la fabrication d’émulsions pour la peau et de pommades propres à ôter les rougeurs, à entretenir et à rafraîchir le teint.

Et ensuite ? Au XVIIIe siècle, l’heure n’est plus aux eaux distillées : si le concombre laisse une sensation de fraîcheur, les parfumeurs savent d’expérience que la distillation favorise la perte de ces « principes actifs ». Cette cucurbitacée ne sert donc plus alors qu’à la confection de pommades éponymes. Celle que l’on prénomme désormais « pommade de concombre » connait alors son apogée, élevée au rang de véritable standard de la cosmétique des Lumières, et reconnue comme tel par la communauté scientifique de l’époque.

La pommade de concombre en 4 recettes

Comme beaucoup de préparations cosmétiques de l’époque, si la pommade de concombre en tant que produit standard fait consensus au XVIIIe siècle, il en existe de nombreuses recettes ! Je vous en ai donc sélectionné un florilège qui devrait vous permettre de vous en faire une première idée. Ames sensibles s’abstenir : toutes sans exception contiennent de la graisse animale (utilisée ici comme excipient) …

1. La pommade pour ôter les rougeurs et rafraichir le teint de Simon Barbe

C’est au parfumeur Simon Barbe que l’on doit cette version de la pommade de concombre, qu’il préconise pour ôter les rougeurs et rafraichir le teint. Il la combine pour cela à de l’huile d’amande douce et de la cire vierge :

« Vous ferez blanchir dans l’eau une livre de panne de porc mâle en la faisant tremper par plusieurs jours, comme je l’ai expliqué ci-devant, et étant égouttée vous la mettrez dans un pot de terre neuf avec une once et demie des quatre semences froides pilées, deux ou

trois pommes de rainette coupées en morceaux, un morceau de rouelle de veau grand de quatre doigts ; vous ferez bouillir le tout au bain-marie pendant quatre heures, ensuite vous passerez votre pommade par linge bien serré, et vous laisserez tomber la coulature (sic) dans une terrine que vous mettrez après sur les cendres chaudes, y ajoutant une once d’huile d’amande douce et une once de cire vierge blanche, le tout étant fondu et mêlé vous le retirez du feu, battant cette pommade avec la spatule jusqu’à ce qu’elle soit froide et elle sera faite. »

2. La pommade de concombres de Pierre-Joseph Buc’Hoz

Le médecin botaniste Pierre-Joseph Buc’Hoz associe quant à lui le concombre au melon et aux pommes de reinette pour confectionner sa pommade !

 

Recette de Buc’Hoz, « Laboratoire de Flore », 1771

3. pommade de concombre de Pierre-Antoine Baumé

13 ans plus tard, le pharmacien Antoine Baumé nous livre une recette assez similaire de la pommade de concombre :

Prenez graisse de porc deux livres, concombre et melon bien mûrs ensemble six livres, verjus une livre, pommes de reinette N° 4, lait de vache deux livres. On coupe grossièrement la chair des melons, des concombres et des pommes de reinette. On sépare les écorces seulement ; on écrase le verjus. On met toutes ces choses dans le bain-marie d’un alambic, avec le lait et la graisse de porc. On fait chauffer ce mélange au bain-marie pendant huit ou dix heures : alors on passe avec expression tandis que le mélange est chaud. On expose la pommade dans un endroit frais pour la faire figer : on la sépare de l’humidité qui se trouve dessous : on la lave dans plusieurs eaux jusqu’à ce que la dernière sorte claire. On fait refondre cette pommade au bain-marie à plusieurs reprises, pour la séparer de toutes ses fèces et de toute son humidité, sans quoi elle rancirait en fort peu de temps : on la conserve dans des pots. On fait encore une pommade simple de concombre en faisant chauffer ensemble de la graisse de porc et des concombres pelés et coupés par morceaux : on procède pour le reste de la préparation de cette pommade comme pour la précédente et on la conserve dans des pots. L’une et l’autre de ces pommades sont cosmétiques ; elles servent à adoucir la peau et à la maintenir dans un état de souplesse et de fraîcheur .

Recette d’Antoine Baumé, « Éléments de pharmacie théorique et pratique », 1784.

4. La pommade au concombre de Marie-Amande Gacon-Dufour et Jeanne d’Humières

Autre siècle, autres méthodes : si Marie-Armande Gacon-Dufour et Jeanne d’Humières, auteures du « Manuel du parfumeur », ont toujours recours à des ingrédients animaux, elles délaissent toutefois la panne de porc utilisée par Simon Barbe, jugée trop « corruptible », au profit de la graisse de veau. Hormis cet ingrédient, leur pommade ne contient que du concombre et seulement du concombre, les autres essences étant supposées inverser son effet rafraichissant :

Recette de Marie-Armande Gacon-Dufour & Jeanne d’Humières, « Manuel du parfumeur », 1825

Comme vous avez pu le constater au travers de ces 4 recettes, la pommade au concombre a donné lieu à de nombreuses variantes, revisitées et perfectionnées au fil du temps. Aujourd’hui, je suis désireuse à mon tour de vous inviter à bénéficier des trésors de vertu dont recèle cette cucurbitacée… Et qu’il me tarde de vous présenter ces cosmétiques que j’ai pris tant de soin à vous concocter ces derniers mois !

 

 

Secrets de Beauté #1 : Les cosmétiques préférés de Marie-Antoinette

Eprise d’histoire, de beauté…Et d’histoire de la beauté, mon souhait le plus cher est de vous offrir, à travers les cosmétiques Mademoiselle Saint Germain, ce que le règne végétal a de meilleur. Mon association avec le Potager du Roi de Versailles pour m’approvisionner en végétaux n’a donc rien du hasard… Mais sonne comme une évidence pour moi qui éprouve tant d’admiration pour Marie-Antoinette, grande dame d’un autre temps férue elle aussi de beauté naturelle ! En effet, cette jeune reine, et avec elle ses secrets de beauté, est à l’origine d’un véritable bouleversement des pratiques cosmétiques de l’époque (qui ne consistaient alors qu’à masquer crasse et odeurs) !

L’avant Marie-Antoinette : Fards et parfums

Avant la « révolution végétale » initiée par Marie-Antoinette, la beauté telle que conçue par la Cour du Château de Versailles tenait en deux mots : fard et parfum. C’est ainsi que la Cour de Louis XV fut surnommée « Cour Parfumée » en référence à la marquise de Pompadour, réputée dépenser des sommes d’argent colossales dans… Les parfums ! Parfums qui n’étaient pas alors pensés comme des outils de séduction destinés à rehausser la beauté mais utilisés pour masquer les odeurs corporelles…

On leur attribuait par ailleurs des propriétés purifiantes, la croyance voulant qu’ils aidaient à se débarrasser des miasmes (odeurs putrides). En effet, malgré le luxe et le raffinement de Versailles, le bain ne faisait pas partie des coutumes : les sujets avaient recours à la « toilette sèche », changeant de vêtements une dizaine de fois par jour environ. Tout était parfumé : gants, cheveux, habits, mouchoirs…

Le fard, lui aussi, avait bonne presse à l’époque, pour des raisons similaires : sa vocation première était en effet de cacher la crasse accumulée du fait du défaut de toilette, c’est pourquoi hommes et femmes en portaient ! Pourtant, il possédait de réels effets délétères pour la peau, étant composé de céruse et de sels de mercure. Et plus la peau était irrégulière, à force d’ en user et en abuser, plus on s’en appliquait sur la peau pour masquer ces imperfections…

C’est ainsi qu’à seulement 36 ans, Madame de Pompadour était déjà totalement défigurée ! Ce qui n’empêcha pas les courtisans de Louis XV d’utiliser encore et toujours ces substances pourtant nocives pour la peau. Et c’est d’ailleurs ce qui poussa Marie-Antoinette – au-delà de son amour pour la botanique – à remettre les végétaux au goût du jour, s’agissant de cosmétiques.

Marie-Antoinette : la cosmétique naturelle à l’honneur

Arrivée à Versailles en 1770 à l’âge de 14 ans seulement, Marie-Antoinette insuffle le vent du retour au naturel. Sous son impulsion, on abandonne la « toilette sèche » au profit de « la toilette de Flore », dont la renommée est telle qu’elle donne son nom à un ouvrage de Pierre-Joseph Buc’Hoz, célèbre médecin botaniste de l’époque. Et, dans la lignée de ce retour au naturel, les formules cosmétiques à base de minéraux – dont ceux qui composaient les fards, donc – sont abandonnées au profit de produits de beauté naturels à base d’extraits végétaux.

Si de nombreuses œuvres de l’époque compilent les recettes qui signent le renouveau de la cosmétique naturelle, c’est à Jean-Louis Fargeon, le parfumeur de Marie-Antoinette lui-même, que l’on doit le recueil le plus complet.

Et, pour vous imprégner de ces secrets de beauté, quoi de mieux qu’un extrait du livre « Jean-Louis Fargeon, parfumeur de Marie-Antoinette » (Elisabeth Feydeau, Editions Perrin, 2005) ? Morceaux choisis :

A l’intention de Marie-Antoinette, Fargeon confectionnait surtout des eaux spiritueuses de rose, de violette, de jasmin, de jonquille ou de tubéreuse obtenues par distillation (…) Il les intensifiait avec du musc, de l’ambre ou de l’opopanax.

Elle avait grand soin de son teint. L’ eau cosmétique de pigeon nettoyait la peau, l’eau des charmes faite avec les larmes de la vigne qui coule en mai, la tonifiait. L’ eau d’ange la blanchissait en purifiant le teint. Marie-Antoinette, dont la carnation était admirable, n’avait nul besoin de l’eau de Ninon de Lenclos censée conserver la jeunesse.

Elle enduisait ses mains de la pâte Royale qui en maintenait la douceur et prévenait des gerçures. Elle adorait les pommades à la rose, à la vanille, à la frangipane, à la tubéreuse, à l’œillet, au jasmin, aux mille-fleurs. Pour le bain, elle usait de savonnettes aux herbes, à l’ambre, à la bergamote ou au pot-pourri, et pour maintenir l’éclat de ses dents, elle commandait des poudres et opiats.

Ces quelques seules lignes à elles seules ne permettent-elles pas un premier aperçu des nombreux secrets de Marie-Antoinette pour rehausser sa beauté ? Si toutes ne paraissent plus adéquates au jour d’aujourd’hui compte tenu de l’évolution des connaissances, certaines d’entre elles me semblent tout de même dignes d’être mentionnées… Et pourquoi pas réalisées à la maison ! Ainsi, les recettes de pommade à la rose, à la vanille, à la frangipane, à la tubéreuse, à l’œillet, au jasmin, aux mille-fleurs, que nous aurons le loisir de détailler au fil du temps.

Mais pour l’heure, si nous commencions déjà par nous pencher sur 3 recettes de beauté emblématiques de la jeune reine ?

Recette #1 : L’eau cosmétique de pigeon pour se nettoyer la peau

Son nom évocateur pourrait en décourager plus d’un(e), et pourtant c’est bel et bien une eau cosmétique utilisée par Marie-Antoinette pour nettoyer sa peau…

Recette de l'eau cosmétique de Pigeon

Recette #2 : L’Eau d’Ange pour purifier le teint

L’eau de pigeon marque déjà un premier pas vers le retour au naturel, certes ! Néanmoins, mon cœur penche – oserais-je dire, sans hésitation – vers l’eau d’ange, utilisée quant à elle pour purifier le teint :

recette cosmétique de l'eau d'ange

Recette #3 : La pate royale pour les mains pour prévenir les gerçures

Si la peau de notre visage mérite bien sûr toute notre attention, Marie-Antoinette mettait également un point d’honneur à préserver ses mains de la rudesse des saisons fraîches (une recette qui tombe à point nommé avec les prémices de l’automne, non ?) :

Recette de la pate royale

Si ces trois recettes nous permettent de nous faire une première idée de la richesse des cosmétiques naturels sous la Cour de Marie-Antoinette, ce n’est pas fini : peu à peu, je vous dévoilerai d’autres secrets de beauté de la jeune reine à qui l’on doit la genèse de la cosmétique naturelle. Mais auparavant, je vous propose de vous plonger encore 100 ans plus tôt avec l’histoire du secret de beauté qui a donné naissance à la première gamme de cosmétiques Mademoiselle Saint Germain…

Qui est Mademoiselle Saint Germain?

Mademoiselle Saint Germain : de la jeune fille rêveuse…

Jeune fille rêveuse, Mademoiselle Saint Germain s’imaginait volontiers en grande dame de la fin du XVIIIe siècle. A l’heure où les jardins du palais étaient d’une splendeur inégalée, sous l’impulsion d’une jeune reine férue de botanique. A l’heure où les recettes de beauté avaient délaissé les minéraux, suspectés de provoquer des effets indésirables, au profit des végétaux.

Continue Reading