Catégorie : Cosmétique

Secrets de Beauté #2 : L’Eau de la Reine de Hongrie

La véritable histoire de l’Eau de la Reine de Hongrie

L’eau de la reine de Hongrie. Un nom qui sonne tellement doux à mes oreilles qu’il m’a tout naturellement inspirée la toute première gamme de cosmétiques Mademoiselle Saint Germain. Un bien joli nom pour un extrait aqueux (ou distillat) de romarin en vogue à la cour de Versailles pendant des décennies et des décennies, aussi bien pour ses propriétés médicinales que pour ses vertus cosmétiques. Et surtout, un nom imprégné d’histoire(s) : par quel miracle une recette originaire de Hongrie arriva-t-elle jusqu’au Château de Versailles ?

Il était une fois l’eau de la reine de Hongrie

On raconte que la formule de l’eau de la reine de Hongrie fut publiée pour la première fois dans un ouvrage intitulé « Nouveaux secrets rares et curieux (…) » d’un certain « P. Erresalde » (qui, selon certaines sources, pourrait bien être un pseudonyme (1) ). On y trouve en vieux français la référence à cette recette :

« En la Cité de Bude au Royaume de Hongrie, du 12 Octobre 1652, s’est trouvé escrite la présente Recepte dans un Breviere de la Sérénissime Donna Yzabelle, Reyne dudit Royaume :

Moye, Donna Yzabelle, Reyne de Hongrie, estant âgée de soixante et douze ans, fort infirme et goûteuse, un an entier de la suivante recepte (sic) laquelle j’obtins d’un Hermite que je n’ay jamais vue n’y pu voir. Depuis elle me fist tant de bien et de fait qu’en mesme temps je fus guérie et recouvray mes forces, en sorte qu’elles paroissent seines (sic) à un chacun ; le Roy de Ponlongne me voulut espouser, ce que je refusé pour l’amour de Jésus-Christ et de l’Ange duquel je crois que j’obtins ladite recette. »

A en croire cet ouvrage, l’eau de la reine de Hongrie nous viendrait donc d’une reine dénommée « Yzabelle de Hongrie », que certains historiens ont par la suite identifiée comme étant Elisabeth de Pologne. La légende veut que c’est cette eau merveilleuse qui lui permit de conserver sa beauté et de retrouver ses forces… Ce qui amena le prince de Pologne à lui demander sa main alors même qu’elle était déjà âgée de 72 ans !

Comment un mensonge fit de l’eau de la Reine de Hongrie…

Une histoire d’amour qui ne peut que laisser rêveuses les plus fleurs bleues d’entre nous (moi y comprise), mais qui n’est rien de plus qu’une simple légende, si belle soit-elle. Certes, Elisabeth fut bien une grande dame de la Cour de Pologne. Pourtant, elle ne fut pas élevée à ce rang grâce à son union avec le prince de Pologne… Mais grâce à son propre fils Louis de Hongrie qui, après avoir accédé au trône de la Pologne, la nomma régente du pays.

Reine à l'origine de l'Eau de la Reine de Hongrie
Portrait de la Reine de Hongrie

Qu’il est aisé dès lors de penser que cette altération de la vérité est l’œuvre d’un facétieux qui donna à cette eau à qui l’on prête 1001 vertus le nom d’une reine imaginaire dans le seul but de la faire admettre à la Cour !

Un mensonge qui pourtant porta ses fruits, puisque celle que l’on connaît sous le nom d’eau de la Reine de Hongrie fut utilisée tour à tour par Charles V, Louis XIV, Madame de Sévigné… Sans oublier, bien sûr, la jeune reine Marie-Antoinette, à qui l’on doit le renouveau de la cosmétique naturelle. En effet, si le nom d’eau de la reine de Hongrie était mensonger, ses vertus prophylactiques et curatives étaient bien réelles, et c’est véritablement grâce à elles que cet extrait aqueux est devenu célèbre.

… Un cosmétique en vogue de Madame de Sévigné à la reine Marie-Antoinette !

Madame de Sévigné, par exemple, en raffolait ! J’ai ouï dire qu’elle avait toujours dans sa poche un flacon de cette précieuse eau cosmétique dont elle aimait tellement l’odeur qu’elle en « parfumait son linge et sa perruque» (3). D’ailleurs, nombreuses sont ses correspondances qui en relatent les bienfaits, à l’instar de celle-ci, datée de 1675 :

« Elle est divine, je vous en remercie encore. Je m’en enivre tous les jours. J’en ai dans ma poche. C’est une folie comme du tabac ; quand on y est accoutumée, on ne peut plus s’en passer. (…) J’en mets le soir, plus pour me réjouir que pour le serein, dont mes bois me garantissent. »1675

Près de 100 ans plus tard, c’est Jean-Louis Fargeon qui remit l’eau de Hongrie au goût du jour. Présenté à Marie-Antoinette par Madame de Guéménée (la gouvernante des enfants de Louis XVI), celui qui était l’« apothicaire et parfumeur ordinaire » de Mademoiselle d’Orléans sut user de ses qualités pour se faire apprécier par la jeune reine. Conquise par ses créations en matière de beauté, elle l’affubla même du titre prestigieux de « Parfumeur distillateur breveté fournisseur de l’Impératrice » ! C’est à lui qu’on doit la version de la recette de Hongrie qui fut utilisée par les grandes dames de la Cour, dans un recueil qu’il publia à la fin de sa vie :

Recette de l'Eau de la Reine de Hongrie
Numérisation de la recette de l’Eau de la Reine de Hongrie, célèbre cosmétique à base de romarin

Par la suite, l’eau de la reine de Hongrie fut en vogue jusqu’au règne de Napoléon 1er, où elle se vit supplantée par celle que nous connaissons encore aujourd’hui sous le nom d’eau de Cologne. C’est ainsi qu’après avoir figuré dans les pharmacopées officielles jusqu’au milieu du XIXe siècle, l’eau de la reine de Hongrie est tombée dans un profond oubli… Jusqu’à ce que je la redécouvre aujourd’hui au hasard de mes recherches et me laisse à mon tour charmer par ses promesses !

 

Références

(1). Nouveaux secrets rares et curieux, donnés charitablement au public par une personne de condition, contenant divers remèdes éprouvez, utiles et profitables pour toutes sortes de maladies, et divers secrets pour la conservation de la beauté des dames, avec une nouvelle manière pour faire toutes sortes de confitures, tant seiches que liquides, lequel fut édité par Jean-Baptiste Loyson, marchand libraire à Paris, et eut deux éditions : l’une en 1660, l’autre en 1669

(2) Paul Dorveaux, « L’Eau de la reine de Hongrie », Bulletin de la Société d’histoire de la pharmacie, vol. 6, no 19,‎ 1918, p. 358-361

(3) JAL (A.). Dictionnaire critique de biographie et d’histoire, 2me Edition p. 1024, col. 2, Paris, 1872.

Première récolte de romarin au Potager du Roi

C’était en novembre 2016 : Nous récoltions le romarin qui nous a servi à faire nos essais en laboratoire. Nous avons choisi le romarin pour ses propriétés anti-oxydantes mais également parce qu’il était l’ingrédient d’une recette incontournable au XVIIIème siècle : L’eau de la Reine de Hongrie.

Voyons tout d’abord dans cette article quelle est notre démarche pour transformer une plante en ingrédient de produit cosmétique pour ensuite aborder les propriétés du romarin en cosmétique.

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Secrets de Beauté #1 : Les cosmétiques préférés de Marie-Antoinette

Eprise d’histoire, de beauté…Et d’histoire de la beauté, mon souhait le plus cher est de vous offrir, à travers les cosmétiques Mademoiselle Saint Germain, ce que le règne végétal a de meilleur. Mon association avec le Potager du Roi de Versailles pour m’approvisionner en végétaux n’a donc rien du hasard… Mais sonne comme une évidence pour moi qui éprouve tant d’admiration pour Marie-Antoinette, grande dame d’un autre temps férue elle aussi de beauté naturelle ! En effet, cette jeune reine, et avec elle ses secrets de beauté, est à l’origine d’un véritable bouleversement des pratiques cosmétiques de l’époque (qui ne consistaient alors qu’à masquer crasse et odeurs) !

L’avant Marie-Antoinette : Fards et parfums

Avant la « révolution végétale » initiée par Marie-Antoinette, la beauté telle que conçue par la Cour du Château de Versailles tenait en deux mots : fard et parfum. C’est ainsi que la Cour de Louis XV fut surnommée « Cour Parfumée » en référence à la marquise de Pompadour, réputée dépenser des sommes d’argent colossales dans… Les parfums ! Parfums qui n’étaient pas alors pensés comme des outils de séduction destinés à rehausser la beauté mais utilisés pour masquer les odeurs corporelles…

On leur attribuait par ailleurs des propriétés purifiantes, la croyance voulant qu’ils aidaient à se débarrasser des miasmes (odeurs putrides). En effet, malgré le luxe et le raffinement de Versailles, le bain ne faisait pas partie des coutumes : les sujets avaient recours à la « toilette sèche », changeant de vêtements une dizaine de fois par jour environ. Tout était parfumé : gants, cheveux, habits, mouchoirs…

Le fard, lui aussi, avait bonne presse à l’époque, pour des raisons similaires : sa vocation première était en effet de cacher la crasse accumulée du fait du défaut de toilette, c’est pourquoi hommes et femmes en portaient ! Pourtant, il possédait de réels effets délétères pour la peau, étant composé de céruse et de sels de mercure. Et plus la peau était irrégulière, à force d’ en user et en abuser, plus on s’en appliquait sur la peau pour masquer ces imperfections…

C’est ainsi qu’à seulement 36 ans, Madame de Pompadour était déjà totalement défigurée ! Ce qui n’empêcha pas les courtisans de Louis XV d’utiliser encore et toujours ces substances pourtant nocives pour la peau. Et c’est d’ailleurs ce qui poussa Marie-Antoinette – au-delà de son amour pour la botanique – à remettre les végétaux au goût du jour, s’agissant de cosmétiques.

Marie-Antoinette : la cosmétique naturelle à l’honneur

Arrivée à Versailles en 1770 à l’âge de 14 ans seulement, Marie-Antoinette insuffle le vent du retour au naturel. Sous son impulsion, on abandonne la « toilette sèche » au profit de « la toilette de Flore », dont la renommée est telle qu’elle donne son nom à un ouvrage de Pierre-Joseph Buc’Hoz, célèbre médecin botaniste de l’époque. Et, dans la lignée de ce retour au naturel, les formules cosmétiques à base de minéraux – dont ceux qui composaient les fards, donc – sont abandonnées au profit de produits de beauté naturels à base d’extraits végétaux.

Si de nombreuses œuvres de l’époque compilent les recettes qui signent le renouveau de la cosmétique naturelle, c’est à Jean-Louis Fargeon, le parfumeur de Marie-Antoinette lui-même, que l’on doit le recueil le plus complet.

Et, pour vous imprégner de ces secrets de beauté, quoi de mieux qu’un extrait du livre « Jean-Louis Fargeon, parfumeur de Marie-Antoinette » (Elisabeth Feydeau, Editions Perrin, 2005) ? Morceaux choisis :

A l’intention de Marie-Antoinette, Fargeon confectionnait surtout des eaux spiritueuses de rose, de violette, de jasmin, de jonquille ou de tubéreuse obtenues par distillation (…) Il les intensifiait avec du musc, de l’ambre ou de l’opopanax.

Elle avait grand soin de son teint. L’ eau cosmétique de pigeon nettoyait la peau, l’eau des charmes faite avec les larmes de la vigne qui coule en mai, la tonifiait. L’ eau d’ange la blanchissait en purifiant le teint. Marie-Antoinette, dont la carnation était admirable, n’avait nul besoin de l’eau de Ninon de Lenclos censée conserver la jeunesse.

Elle enduisait ses mains de la pâte Royale qui en maintenait la douceur et prévenait des gerçures. Elle adorait les pommades à la rose, à la vanille, à la frangipane, à la tubéreuse, à l’œillet, au jasmin, aux mille-fleurs. Pour le bain, elle usait de savonnettes aux herbes, à l’ambre, à la bergamote ou au pot-pourri, et pour maintenir l’éclat de ses dents, elle commandait des poudres et opiats.

Ces quelques seules lignes à elles seules ne permettent-elles pas un premier aperçu des nombreux secrets de Marie-Antoinette pour rehausser sa beauté ? Si toutes ne paraissent plus adéquates au jour d’aujourd’hui compte tenu de l’évolution des connaissances, certaines d’entre elles me semblent tout de même dignes d’être mentionnées… Et pourquoi pas réalisées à la maison ! Ainsi, les recettes de pommade à la rose, à la vanille, à la frangipane, à la tubéreuse, à l’œillet, au jasmin, aux mille-fleurs, que nous aurons le loisir de détailler au fil du temps.

Mais pour l’heure, si nous commencions déjà par nous pencher sur 3 recettes de beauté emblématiques de la jeune reine ?

Recette #1 : L’eau cosmétique de pigeon pour se nettoyer la peau

Son nom évocateur pourrait en décourager plus d’un(e), et pourtant c’est bel et bien une eau cosmétique utilisée par Marie-Antoinette pour nettoyer sa peau…

Recette de l'eau cosmétique de Pigeon

Recette #2 : L’Eau d’Ange pour purifier le teint

L’eau de pigeon marque déjà un premier pas vers le retour au naturel, certes ! Néanmoins, mon cœur penche – oserais-je dire, sans hésitation – vers l’eau d’ange, utilisée quant à elle pour purifier le teint :

recette cosmétique de l'eau d'ange

Recette #3 : La pate royale pour les mains pour prévenir les gerçures

Si la peau de notre visage mérite bien sûr toute notre attention, Marie-Antoinette mettait également un point d’honneur à préserver ses mains de la rudesse des saisons fraîches (une recette qui tombe à point nommé avec les prémices de l’automne, non ?) :

Recette de la pate royale

Si ces trois recettes nous permettent de nous faire une première idée de la richesse des cosmétiques naturels sous la Cour de Marie-Antoinette, ce n’est pas fini : peu à peu, je vous dévoilerai d’autres secrets de beauté de la jeune reine à qui l’on doit la genèse de la cosmétique naturelle. Mais auparavant, je vous propose de vous plonger encore 100 ans plus tôt avec l’histoire du secret de beauté qui a donné naissance à la première gamme de cosmétiques Mademoiselle Saint Germain…

Potager du Roi

Mademoiselle Saint Germain : Les cosmétiques naturels avec le Potager du Roi

Aujourd’hui on entend de plus en plus parler de cosmétiques naturels. Soins du visage, crèmes hydratantes, crèmes de jour… Mais savez-vous d’où proviennent les ingrédients qui composent votre produit de beauté? Mademoiselle Saint Germain s’est associé avec le Potager du Roi de Versailles pour réaliser les premiers cosmétiques naturels inspirés de formules historiques.

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